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Un souvenir impossible à effacer

Un souvenir impossible à effacer - Michel Charles

J’avais fait faire un tatouage dans les années où j’écoutais du rock. Sur toute ma nuque s’étalait le nom du groupe que je préférais à cette époque. Mes idoles étaient depuis longtemps passées de mode. Aucun jeune ne se souvenait de Rainbow, de ses fondateurs dont Ritchie Blackmore faisait partie, de son chanteur, John Dio, à la voix exceptionnelle. Leur album Rising possédait une pochette que je trouvais magnifique. Les lettres du nom du groupe y étaient écrites en gothique, un poing enserrait un arc-en-ciel, au-dessus d’une vallée fantastique, qui m’évoquait la peinture romantique allemande du dix-huitième siècle. J’avais choisi de reproduire leur nom sur l’arrière de mon cou tel qu’il était inscrit.

Je me souviens de celui qui m’avait tatoué. C’était un homme portant des favoris et une barbe, des moustaches et des sourcils broussailleux. Son regard vert scrutateur aux lourds cernes m’avait saisi dès mon entrée dans sa boutique. L’éclairage aux néons accentuait la pâleur du bonhomme. J’étais venu avec la pochette du disque. Il me proposa de commencer tout de suite, il n’avait pas de client programmé avant au moins deux heures. Mes cheveux longs me tombaient sur le dos, aussi, ai-je dû les relever. Il sortit le disque et le mit sur la platine qu’il avait dans un angle de la pièce. Le premier morceau me prit l’esprit entier, tellement que je sentais à peine les piqûres sur ma peau. Le temps ne passait plus de la même façon. Trois, quatre fois, le tatoueur se leva, changea de face, et la musique continua. Je ressortis fier et heureux. Pendant de nombreuses années, je relevais mes cheveux quand je sortais pour qu’il soit bien visible.

Mais, à ce moment, je ne voyais plus les choses de la même façon. J’avais changé de coiffure, et mon inscription est impossible à cacher autrement que par un foulard ou une écharpe. Je pris la décision d’enlever ce symbole de mes jeunes années. Je devinais que le coût pourrait être élevé, mais ma planification financière personnelle s’était bien passée. Je pouvais prendre rendez-vous pour qu’un spécialiste l’enlève au laser. Le jour dit, j’avais suivi les conseils que la charmante employée de l’accueil m’avait donnés : appliquer une crème anesthésiante deux heures avant était important. Lorsque je recouvrais mon tatouage de baume, je compris à quel point il allait me manquer. J’appelais pour annuler la séance, et je branchais la sonorisation pour écouter encore et encore la voix de Dio.

 

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Mon travail, étant très prenant et surtout, très stressant, j'aime venir ici pour m'évader. J'aime me détendre en discutant de tout et de rien. Je suis un amateur de chasse et de pêche. Quand je suis sur un lac, je me laisse aller à rêver à tout ce que je vous écrirai en revenant à la maison. Ce blogue est en quelque sorte, une prolongation de mon esprit jusqu'à votre écran. Je souhaite que cela vous plaise !